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Ginkgo biloba : bienfaits étudiés, dangers, effets secondaires et posologie
Le ginkgo biloba est l'une des plantes les plus vendues au monde en complément alimentaire, et aussi l'une des plus discutées. D'un côté, des promesses spectaculaires sur la mémoire et la circulation. De l'autre, des mises en garde médicales sur les interactions et le risque hémorragique. Entre les deux, la réalité des études, plus nuancée que ce que l'on lit habituellement. Cet article fait le point complet : ce que la recherche a réellement mesuré, ce que la réglementation européenne autorise (ou pas), les précautions sérieuses à connaître, et comment lire une étiquette avant de choisir une forme.
L'essentiel en bref
- Le ginkgo est le plus ancien arbre du monde ; seules ses feuilles sont utilisées en phytothérapie et en complément alimentaire.
- Les études portent surtout sur des extraits standardisés (type EGb 761) : les résultats sont contrastés selon les usages étudiés.
- Aucune allégation de santé n'est autorisée en Europe pour le ginkgo : les dossiers botaniques sont en attente d'évaluation par l'EFSA.
- Précautions réelles : anticoagulants et antiagrégants, chirurgie programmée, grossesse, allaitement, épilepsie.
- Quatre formes principales : gélules d'extrait, ampoules, teinture mère et tisane de feuilles.
Qu'est-ce que le ginkgo biloba ?
Le ginkgo (Ginkgo biloba L.), surnommé « arbre aux quarante écus », est le dernier représentant d'une famille végétale apparue il y a plus de 250 millions d'années, bien avant les dinosaures. Originaire de Chine, cet arbre à la longévité exceptionnelle est célèbre pour sa résistance : des spécimens ont reverdi à Hiroshima quelques mois après l'explosion de 1945. Ses feuilles en éventail, fendues en deux lobes (d'où biloba), virent au jaune d'or à l'automne.
En phytothérapie, ce sont exclusivement les feuilles séchées et leurs extraits qui sont utilisés. Elles concentrent deux familles de composés qui servent de référence pour standardiser les extraits : les glycosides de flavonoïdes et les lactones terpéniques (ginkgolides et bilobalide). Les graines crues, en revanche, contiennent une toxine et ne doivent pas être consommées.
Précision utile : si vous cherchez à planter un ginkgo au jardin, sachez qu'il s'agit d'un arbre d'ornement pouvant dépasser 30 mètres, à croissance lente. Cet article traite uniquement de l'usage des feuilles en phytothérapie et en complément alimentaire.
Que dit la recherche sur les bienfaits du ginkgo ?
À ce jour, la recherche sur le ginkgo biloba porte principalement sur des extraits standardisés de feuilles (type EGb 761, titré à environ 24 % de glycosides de flavonoïdes et 6 % de lactones terpéniques), et ses résultats sont contrastés : certains travaux observent des effets, d'autres non, selon les populations et les critères mesurés.
Fonctions cognitives et mémoire. C'est l'usage le plus étudié. L'Agence européenne des médicaments (EMA) a publié une monographie reconnaissant un « usage médical bien établi » pour l'extrait sec standardisé, dans un cadre précis : l'amélioration des troubles cognitifs liés à l'âge et de la qualité de vie dans la démence légère — en tant que médicament, à des dosages définis. Mais les grands essais de prévention sont décevants : l'étude américaine GEM (plus de 3 000 participants, publiée dans le JAMA en 2008) et l'étude française GuidAge (Lancet Neurology, 2012) n'ont pas montré que la prise d'extrait de ginkgo prévenait l'apparition d'une démence chez les seniors. La revue Cochrane consacrée au sujet conclut à des résultats incohérents et à un bénéfice incertain.
Circulation. La monographie de l'EMA retient également un « usage traditionnel » des feuilles pour soulager la sensation de jambes lourdes et de mains et pieds froids liée à des troubles circulatoires mineurs — après avoir écarté toute cause sérieuse avec un médecin. Sur la claudication intermittente, les méta-analyses décrivent un effet au mieux modeste.
Acouphènes et vertiges. Les travaux existent mais leurs conclusions divergent : aucun consensus scientifique ne s'est dégagé à ce jour.
En résumé : le ginkgo est une plante sérieusement étudiée, mais les résultats les plus solides concernent des extraits médicamenteux standardisés, dans des indications précises — pas des promesses générales de « mémoire boostée ».
Statut réglementaire : pourquoi les marques ne peuvent rien promettre
Vous avez peut-être remarqué que les étiquettes de compléments au ginkgo restent vagues. Ce n'est pas un oubli : c'est la réglementation. En Europe, toute allégation de santé sur un aliment ou complément doit être autorisée après évaluation scientifique par l'EFSA (règlement (CE) n° 1924/2006). Or, pour le ginkgo comme pour la plupart des plantes, les dossiers d'allégations sont classés « en attente » (on hold) depuis 2010 : ils n'ont été ni validés, ni rejetés.
Concrètement, cela signifie qu'aucune allégation n'est officiellement autorisée pour le ginkgo biloba en complément alimentaire — ni sur la mémoire, ni sur la circulation. Les fabricants ne peuvent employer que des formulations prudentes de type « traditionnellement utilisé pour ». Une marque qui promet des effets garantis s'affranchit du cadre réglementaire : la sobriété d'une fiche produit est donc plutôt un signe de sérieux que de faiblesse.
Dangers et effets secondaires réels du ginkgo biloba
Aux doses usuelles, les effets indésirables rapportés du ginkgo sont le plus souvent bénins : troubles digestifs légers, maux de tête, vertiges ou réactions cutanées allergiques. Le risque le plus sérieux concerne les saignements, essentiellement en cas d'association avec des médicaments qui fluidifient le sang.
Le ginkgo est suspecté de ralentir l'agrégation des plaquettes sanguines. Des cas isolés de saignements ont été décrits dans la littérature médicale chez des consommateurs de ginkgo, le plus souvent porteurs d'autres facteurs de risque. C'est ce mécanisme qui justifie les principales contre-indications détaillées plus bas.
Concernant le foie : une étude de toxicologie du National Toxicology Program américain (2013) a observé des tumeurs hépatiques chez des rongeurs exposés à de très fortes doses d'extrait, ce qui a conduit le CIRC à classer l'extrait de feuille de ginkgo comme « peut-être cancérogène » (groupe 2B) — une catégorie qui signale un signal chez l'animal, sans preuve chez l'humain. Aucune toxicité hépatique n'est établie chez l'humain aux doses habituelles, mais ce dossier incite à éviter les surdosages et les cures interminables.
Enfin, rappel important : les graines crues de ginkgo contiennent de la ginkgotoxine, une substance pouvant provoquer des convulsions. Elles n'entrent pas dans la composition des compléments vendus en Europe, qui utilisent uniquement la feuille.
Interactions et contre-indications : les cas où il faut s'abstenir
Demandez systématiquement l'avis de votre médecin ou pharmacien si vous êtes dans l'une de ces situations :
- Traitement anticoagulant ou antiagrégant (warfarine et autres AVK, aspirine, clopidogrel…) : l'association augmente théoriquement le risque de saignement. Elle est déconseillée sans encadrement médical. Prudence également avec les anti-inflammatoires pris régulièrement.
- Chirurgie ou soin dentaire programmé : signalez toute prise de ginkgo à votre chirurgien ou anesthésiste. Un arrêt plusieurs jours avant l'intervention est généralement demandé ; c'est l'équipe médicale qui fixe le délai.
- Grossesse et allaitement : le ginkgo est déconseillé par précaution, faute de données de sécurité suffisantes.
- Épilepsie ou antécédents de convulsions : le ginkgo est déconseillé, et des interactions avec certains antiépileptiques sont suspectées.
- Enfants et adolescents : usage non recommandé, en l'absence d'études dans ces populations.
Plus largement, si vous suivez un traitement chronique, quel qu'il soit, mentionnez le ginkgo à votre pharmacien : la plante peut interagir avec le métabolisme de certains médicaments.
Posologie du ginkgo : comment lire une étiquette
Il n'existe pas de dose universelle : la posologie dépend de la forme et de la concentration du produit. La seule règle valable est de suivre les indications du fabricant figurant sur l'étiquette, sans jamais les dépasser.
Quelques repères pour décrypter une étiquette :
- La standardisation : les extraits utilisés dans les études sont titrés en glycosides de flavonoïdes (environ 24 %) et en lactones terpéniques (environ 6 %). Un extrait qui affiche sa standardisation vous dit précisément ce qu'il contient ; 100 mg de poudre de feuille et 100 mg d'extrait titré ne sont pas comparables.
- L'équivalent plante sèche : sur les ampoules d'extrait fluide, la teneur est souvent exprimée en équivalent de feuilles sèches, ce qui permet de comparer les produits entre eux.
- La durée : dans les travaux cliniques, les effets éventuels sont évalués après plusieurs semaines de prise régulière. Une cure ponctuelle avec des pauses, plutôt qu'une consommation continue à l'année, est l'approche la plus couramment conseillée — votre pharmacien peut vous aider à la calibrer.
Gélules, ampoules, teinture mère ou tisane : quelle forme choisir ?
Chaque forme correspond à un usage et à un niveau de concentration différents. Toutes existent en version certifiée : une sélection de ginkgo biloba bio regroupe typiquement gélules, ampoules, teintures mères et feuilles pour infusion.
| Forme | Ce que c'est | Concentration en actifs | Points d'attention |
|---|---|---|---|
| Gélules d'extrait | Extrait sec concentré de feuilles | La plus élevée lorsque l'extrait est standardisé | Vérifier le titrage et la dose journalière indiquée |
| Ampoules | Extrait fluide de feuilles à diluer | Intermédiaire, exprimée en équivalent plante sèche | Format cure pratique ; goût végétal prononcé |
| Teinture mère | Macération hydro-alcoolique de plante fraîche | Variable, non standardisée | Contient de l'alcool ; se prend en gouttes diluées |
| Tisane de feuilles | Feuilles séchées en vrac à infuser | La plus faible : l'infusion n'extrait qu'une partie des composés | Usage traditionnel, rituel quotidien doux |
La tisane de ginkgo biloba : l'approche traditionnelle
L'infusion de feuilles est la façon la plus ancienne et la plus douce de consommer le ginkgo. C'est aussi la moins concentrée : l'eau chaude n'extrait qu'une partie des flavonoïdes et très peu de lactones terpéniques, ce qui la rend incomparable aux extraits standardisés étudiés en recherche clinique. On la choisit pour le rituel et le plaisir d'une infusion végétale au goût vert légèrement astringent, seule ou en mélange avec la vigne rouge ou le cassis.
Côté préparation, avec des feuilles de ginkgo bio en vrac d'origine France, la fiche fabricant conseille d'infuser une cuillère à café de feuilles dans 250 ml d'eau chaude pendant 10 minutes, à raison d'une à deux tasses par jour, de préférence le matin ou en début d'après-midi. Les précautions décrites plus haut s'appliquent aussi à la tisane.
FAQ : vos questions sur le ginkgo biloba
À quoi sert le ginkgo biloba ?
Les feuilles de ginkgo sont traditionnellement utilisées en lien avec le confort circulatoire (sensation de jambes lourdes, extrémités froides), et la recherche s'est surtout concentrée sur les fonctions cognitives via des extraits standardisés, avec des résultats contrastés. Aucune allégation de santé n'est actuellement autorisée en Europe pour cette plante.
Combien de ginkgo biloba par jour ?
Il n'y a pas de dose unique : tout dépend de la forme et de la concentration du produit. Reportez-vous à l'étiquette du fabricant et ne dépassez jamais la dose journalière indiquée. En cas de doute ou de traitement en cours, demandez conseil à votre pharmacien.
Le ginkgo biloba est-il dangereux pour le foie ?
Aucune toxicité hépatique n'est démontrée chez l'humain aux doses usuelles. Le classement « 2B » du CIRC repose sur des études animales menées à très fortes doses. Par précaution, respectez les doses de l'étiquette, évitez les cures continues sans pause et signalez tout symptôme inhabituel à votre médecin.
Peut-on prendre du ginkgo avec un traitement médical ?
Pas sans avis médical. Le ginkgo est notamment déconseillé avec les anticoagulants, les antiagrégants plaquettaires et certains antiépileptiques, ainsi qu'avant une chirurgie. Montrez la liste de vos traitements à votre médecin ou pharmacien avant toute cure.
Le mot de la fin
Le ginkgo biloba mérite mieux que les caricatures : ni plante miracle, ni poison. C'est une plante étudiée de près, dont les effets restent débattus, et dont les précautions d'emploi sont, elles, parfaitement identifiées. Si vous souhaitez l'intégrer à votre routine — et qu'aucune contre-indication ne vous concerne — privilégiez des produits certifiés bio, transparents sur leur concentration et leur origine, et suivez les indications de l'étiquette.
Contenu à visée informative uniquement. Il ne remplace en aucun cas un avis, un diagnostic ou un traitement médical. En cas de traitement en cours, de grossesse, d'allaitement ou de condition médicale, demandez conseil à votre médecin ou pharmacien avant toute prise de ginkgo biloba.
Sources : Monographie communautaire de l'EMA sur Ginkgo biloba L., folium (Comité des médicaments à base de plantes, HMPC) ; revue Cochrane sur le ginkgo et les fonctions cognitives ; étude GEM, JAMA, 2008 ; étude GuidAge, Lancet Neurology, 2012 ; National Toxicology Program, rapport technique 578, 2013 ; monographies CIRC, volume 108 ; règlement (CE) n° 1924/2006 et liste des allégations botaniques en attente (EFSA).